Arcouzan 2026 : le glacier tient bon
Les 25 et 26 septembre 2026, nous sommes remontés au pied de la face nord du Mont Valier pour une nouvelle campagne de mesure du glacier d’Arcouzan. Après l’été caniculaire que nous venons de traverser, nous nous attendions au pire. Surprise : le glacier est toujours là, et plutôt en forme.
TERIA était sur le terrain. On vous raconte.
Une équipe pluridisciplinaire
Sur le terrain, l’équipe de Géomètres-Experts était emmenée par Jean-Sébastien Rivère, qui a mobilisé ses confrères de l’UNGE locale pour porter cette nouvelle édition. Une mesure de cette ampleur, à 2 500 m d’altitude, repose d’abord sur ces géomètres qui, année après année, montent au chevet du glacier.
À leurs côtés, le lycée du Caousou (Toulouse), dirigé par Philippe Sablayrolles, fidèle de l’expédition depuis 2011. Cette année, ce sont ses équipes qui ont pris les commandes du drone, preuve que la relève de la topographie sait aussi travailler en conditions de haute montagne.
Dans notre dernier article, sa superficie était tombée à 14 900 m², et la glace avait rendu un sac à dos prisonnier depuis 1986. La campagne prévue en septembre 2025 n’a pas pu avoir lieu, faute de conditions météo favorables. Trois ans après, l’Arcouzan nous a réservé une tout autre surprise.
Il y a quelques semaines, nous étions au sommet du mont Blanc avec les Géomètres-Experts. Le 14 octobre, la nouvelle altitude est tombée : 4 807,47 m, soit +1,88 m par rapport à 2023.
Là-haut, nous avons retenu une chose : une calotte de glace vit. Elle se recharge, se tasse, se déplace au gré de la météo. Une mesure seule ne dit pas grand-chose, c’est la série qui a de la valeur. L’Arcouzan nous le rappelle aujourd’hui, quelque 2 300 mètres plus bas.
Au mont Blanc comme en Ariège, notre rôle reste le même : apporter la précision centimétrique là où elle sert la connaissance. C’est le sens de notre engagement de société à mission depuis 2021, et du suivi de l’Arcouzan que TERIA mène avec les Géomètres-Experts depuis 2011. Les géomètres mesurent, avec rigueur et dans la durée. Aux glaciologues d’interpréter.
Après un été pareil, le glacier aurait pu disparaître. Il n’en est rien, et deux raisons majeures l’expliquent.
Une position à l’ombre. Niché au pied de la face nord du Mont Valier, l’Arcouzan voit très peu le soleil : une à deux heures par jour tout au plus pour une grande partie de sa surface, et jamais entièrement. Encaissé entre les parois, il est aussi à l’abri des vents, et il profite de la neige qui glisse de la face nord, un apport qui le recharge chaque hiver.
Une couverture d’hiver. L’hiver a été très neigeux. La neige a rempli toutes les crevasses et recouvert le glacier d’un épais manteau, qui l’a maintenu au froid pendant tout l’été. Ce manteau agit comme un bouclier : une neige fraîche renvoie jusqu’à 90 % du rayonnement solaire, une glace nue souvent moins de 40 %. Tant qu’il reste de la neige, c’est elle qui fond, pas la glace.
Ces atouts ne sont pas nouveaux : jusqu’au milieu des années 2010, ils avaient même permis au glacier de s’étendre. Mais ils ne le rendent pas invulnérable. Depuis 2016, la tendance est à la baisse, et en 2021 un tunnel creusé par des courants d’air chaud s’était enfoncé au cœur de la glace.
Pour la première fois depuis longtemps, le glacier a été mesuré par drone. Et cette fois, un drone RTK, connecté en temps réel au réseau TERIA pour positionner chaque prise de vue au centimètre. Aux commandes, les équipes du Caousou. Le relevé par drone fait gagner un temps précieux sur le terrain et fournit un modèle 3D maillé (mesh) du glacier.
Toutefois en conditions de montagne, un drone RTK ne suffit pas toujours. Les mesures du PYX-i au sol viennent donc consolider le modèle. C’est la recette qui a fait ses preuves au mont Blanc : les cibles mesurées au PYX-i y ont fait gagner 55 cm de précision sur le modèle 3D du sommet.
Après un pic à 28 100 m² en 2014, la superficie du glacier est descendue à 14 900 m² en 2023. La campagne 2025 ayant été annulée pour cause de météo, aucun relevé n’est venu compléter la série depuis. Pour 2026, les données sont en cours de traitement : nous publierons le chiffre dès qu’il sera consolidé.
Une chose est sûre : cette année, la surface visible ne raconte pas toute l’histoire. La neige qui recouvre le glacier peut faire paraître sain un glacier qui continue de perdre de la glace en profondeur.
Le glacier a tenu, mais il est trop tôt pour parler de répit. Le manteau neigeux qui l’a protégé masque aussi la glace : il est difficile de savoir si son épaisseur a augmenté, s’est maintenue ou a continué de fondre. Mesurer l’évolution réelle de la glace sur l’ensemble du glacier reste, cette année, compliqué.
Trois pistes pour la suite :
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